Le parcours diagnostic, étape par étape
Je vous propose de détailler ici, simplement, les différentes phases du diagnostic. Pour chaque consultation, chaque examen, je vous explique ce qui s’y joue, ce que cela signifie, et comment s’y préparer, autant émotionnellement que concrètement.
1. La première étape : aller voir le médecin traitant
C’est souvent le généraliste qui sera le premier interlocuteur. Son rôle ? Repérer les signes « d’alerte ». Il écoute vos inquiétudes, pose des questions, cherche à distinguer ce qui relève du vieillissement normal et ce qui est plus préoccupant.
- Il réalise un examen clinique, orienté sur la mémoire, l’orientation, le langage, mais aussi la dépression possible (souvent confondue avec un début d’Alzheimer).
- Il recherche des causes « réversibles » des troubles : une infection urinaire, un déséquilibre du diabète, un déficit en vitamine B12… car 30 % des troubles de la mémoire chez la personne âgée ont une cause autre qu’Alzheimer (source : Inserm, « Les troubles de la mémoire chez la personne âgée », 2019).
- Si le doute persiste, il oriente vers une consultation mémoire.
Parfois, le médecin vous fera passer des petits tests « papier » directement au cabinet, comme le MMS (Mini Mental State, un questionnaire de 30 questions). Ce n’est qu’un premier repérage, ce n’est pas un diagnostic à lui seul. Il arrive que le score soit faussement rassurant ou, au contraire, alarmant simplement parce qu’il y a un problème d’audition, une anxiété… Rien n’est tranché à ce stade-là.
2. La consultation mémoire : le temps long pour comprendre
Dans le jargon, on parle de « centres mémoire » ou de « consultations mémoire », parfois en hôpital, parfois en clinique. Il faut souvent patienter plusieurs semaines. Sentiment d’être « dans le flou »… mais ce délai permet aussi de préparer les questions, de collecter des informations sur les antécédents familiaux.
- Le rendez-vous se déroule avec un gériatre ou un neurologue spécialisé en mémoire.
- Entretien médical approfondi : parcours de vie, évolution des troubles, antécédents médicaux.
- Tests psychométriques : ils sont plus complets que ceux du généraliste (MMS, test de l’horloge, batteries neuropsychologiques selon les cas).
- Parfois, entretien avec un neuropsychologue pour explorer la mémoire, l’attention, le langage. Ces tests ne durent pas « cinq minutes » : comptez 1 h à 1h30 en moyenne.
- Bilan social : le médecin ou l’assistante sociale peut discuter de l’environnement à domicile, des capacités d’autonomie.
Lors de ces consultations, plusieurs proches sont souvent conviés. Les médecins posent aussi des questions à la famille – pas pour « prendre en défaut », mais parce que l’entourage note parfois des détails passés inaperçus par la personne elle-même. C’est parfois difficile à vivre, mais c’est utile.
3. Les examens complémentaires
Le médecin peut demander :
- Un bilan sanguin : pour éliminer une anémie, une hypothyroïdie, un déficit en vitamines…
- Une imagerie cérébrale : scanner au minimum, souvent IRM selon les cas. Cela ne « montre » pas Alzheimer, mais peut révéler d’autres causes (AVC silencieux, tumeurs, hydrocéphalie…).
- Parfois, un électroencéphalogramme (EEG) ou un PET scan : c’est plus rare, réservé aux cas complexes ou précoces.
En moyenne, le parcours comporte deux à trois consultations et un à deux examens complémentaires (source : ministère de la Santé, Dossier Parcours Alzheimer, 2022). Toute la difficulté, c’est de garder le fil, malgré la fatigue, le stress du « verdict » qui approche.
4. L’annonce du diagnostic
C’est un moment que l’on redoute. Trop de familles me racontent, encore aujourd’hui, être sorties du cabinet démunies, parfois en larmes, sans vraiment avoir « entendu » ce que le médecin avait expliqué. Pourtant, depuis 2009, l’annonce du diagnostic d’Alzheimer suit un cadre officiel (Plan Alzheimer, ministère de la Santé) :
- Le diagnostic est restitué à la personne concernée, accompagnée si possible d’un proche.
- Le médecin doit expliquer ce qui fonde le diagnostic : résultats des tests, examens, évolutivité des troubles.
- Il doit présenter ce qu’est la maladie, comment elle évolue, ce qui est prévisible… Mais aussi ce que l’on ne peut pas prévoir.
- Une « fiche de restitution » écrite doit être remise (même si ce n’est pas toujours le cas).
- Un contact avec un PsychoGériatre, une infirmière mémoire ou une assistante sociale est proposé pour aider à la suite.
Le diagnostic peut être qualifié de « probable », « possible », ou « syndrome démentiel d’allure Alzheimer ». Il arrive qu’il faille « revenir dans six mois », car la situation clinique n’est pas encore certaine.
Beaucoup de gens s’imaginent qu’on pose ce diagnostic « grâce à un scanner ». En vérité, c’est un ensemble d’arguments : des symptômes qui s’aggravent doucement, des troubles particuliers (« mémoire des événements récents » surtout), et l’absence d’autres causes. Le corps médical avance toujours avec précaution.