Quels sont les principaux tests cognitifs utilisés en France ?
Il existe des dizaines de tests cognitifs. Certains sont très simples, d’autres plus poussés et demandent un vrai bilan neuropsychologique (sur plusieurs heures). L’objectif est d’adapter l’examen à la personne : son âge, son niveau de scolarisation, ses habitudes, sa langue maternelle comptent. On va détailler ici les plus courants.
1. Le Mini Mental State Examination (MMSE) ou test de Folstein
C’est peut-être le plus répandu, notamment dans le repérage de la maladie d’Alzheimer. Sur trente points, il explore plusieurs domaines :
- L’orientation : “Quel jour sommes-nous ?”, “Où sommes-nous ?”
- La mémoire : se souvenir de trois mots donnés
- Le calcul simple : soustraire 7 à partir de 100 (“100, 93, 86…”)
- Le langage : nommer des objets, répéter une phrase, écrire une phrase spontanée
- La praxie : reproduire un dessin
Un score inférieur à 24/30 peut évoquer un trouble cognitif (mais attention : ce n’est jamais un diagnostic à lui seul). Parmi les limites : il est un peu moins précis chez les personnes très scolarisées, ou au contraire chez celles qui ne savent ni lire ni écrire. Une étude récente en France montre que le MMSE est encore utilisé chez plus de 85 % des patients vus en consultation mémoire (source : Haute Autorité de Santé, HAS).
2. Le test de l’horloge (Clock Drawing Test)
Celui-ci consiste à demander de dessiner une horloge, puis d’y placer les aiguilles à une heure précise (“11h10”, par exemple). Cela semble simple, mais ce test mobilise énormément : compréhension, planification, mémoire, coordination œil-main.
- Un dessin désorganisé ou les chiffres placés hors du cercle peuvent signaler des troubles “exécutifs” (de la planification, souvent touchés dans Alzheimer ou les maladies apparentées).
- Ce test a l’avantage d’être rapide, peu influencé par la scolarité, et très visuel pour les proches.
Selon le consensus international, il ne remplace jamais un MMSE complet, mais il permet d’identifier des anomalies invisibles autrement (source : Société Française de Neurologie).
3. Le Moca (Montreal Cognitive Assessment)
Ce test est un peu plus détaillé que le MMSE : il évalue la mémoire, mais aussi le raisonnement, le langage, l’attention, les fonctions visuo-spatiales… Il est maintenant recommandé en complément du MMSE, surtout chez les personnes jeunes ou très éduquées (source : Alzheimer Europe).
Il se compose notamment :
- d’exercices avec des chiffres (addition, soustraction),
- de répétition de listes de mots,
- de réseaux de mots à classer par catégorie,
- et d’un tracé de “cube” en 3D.
Le Moca peut détecter de légers troubles non vus ailleurs — c’est pourquoi beaucoup de consultations mémoire l’intègrent aujourd’hui à l’évaluation initiale.
4. Les batteries de tests neuropsychologiques approfondies
Quand le diagnostic est difficile, ou quand on suspecte une maladie moins fréquente (maladie à corps de Lewy, démence fronto-temporale…), un(e) neuropsychologue peut proposer une batterie de tests. Cela peut prendre 1h30 à 3h, et explorer plus en détail chaque “fonction” du cerveau.
On y trouve, par exemple :
- le test des 5 mots de Dubois : très spécifique pour la mémoire “épisodique” (celle des faits récents), utilisée dans le diagnostic d’Alzheimer (source : Pr Dubois, Inserm) ;
- la figure complexe de Rey : copie puis rappel d’un dessin complexe ;
- des épreuves d’attention et de concentration (barrages, séquences de lettres à réciter à l’envers…) ;
- des exercices de vocabulaire, de fluidité verbale (citer tous les animaux que l’on connaît pendant 1 minute…) ;
- analyse des capacités frontales : flexibilité mentale, changements de tâche, détection de l’impulsivité.
L’objectif n’est pas de “coincer” la personne, mais de mettre à jour les zones de difficulté — souvent très fines. C’est aussi ici qu’on peut dépister des troubles attentionnels, une dépression masquée, ou des difficultés langagières isolées.