Ce que l’on observe réellement : les principaux changements de comportement à surveiller
Le mot “troubles du comportement” peut paraître flou. En tant qu’infirmière, je préfère parler d’attitudes ou d’habitudes qui se modifient, et qui surprennent, irritent, ou inquiètent l’entourage. Plusieurs signes reviennent fréquemment.
1. La perte d’intérêt et de motivation (apathie)
- Baisse marquée de l’initiative : Il ne propose plus jamais d’activité. La télévision reste allumée toute la journée.
- Désintérêt pour les passions : Jardinage, jeux de cartes, bénévolat… peu à peu, plus rien ne semble lui faire envie.
- Moins d’émotions visibles : On constate une sorte d’indifférence nouvelle face aux joies ou aux peines du quotidien.
L’apathie est l’un des tout premiers signes. Elle concerne selon les études jusqu’à 70 % des personnes en phase débutante (M. Robert et al., Journal of Alzheimer’s Disease, 2009). Pourtant, elle passe souvent pour de la simple “paresse” ou de la fatigue nerveuse.
2. Des sautes d’humeur ou réactions émotionnelles inhabituelles
- Agacement soudain ou crises de colère : Que ce soit pour une remarque anodine ou un imprévu, la réaction est disproportionnée.
- Anxiété nouvelle : Peur de rester seul, inquiétude quand vous vous absentez, demandes très répétées (“Où vas-tu ?”, “Tu reviens quand ?”).
- Larmoiements ou tristesse marquée : Même en l’absence de raisons claires.
Beaucoup de familles décrivent une “personnalité qui se retourne”, avec des traits contraires à ce qu’ils ont toujours connu.
3. Les conduites « hors normes » ou répétitives
- Rangement obsessionnel : Mettre et remettre en ordre, cacher des objets, vérifier sans cesse les portes ou les factures.
- Répétition de gestes ou de questions : Demander la même chose dix fois en une heure, réarranger sans cesse les assiettes sur la table.
- Achats inhabituels ou dépenses inconsidérées : S’abonner à plusieurs journaux, acheter des objets inutiles…
Ce phénomène porte un nom : stéréotypies ou comportements répétitifs. Il révèle la difficulté à gérer l’inquiétude intérieure ou l’incertitude. Cela peut aussi toucher la conduite, parfois longtemps après l’arrêt du permis de conduire recommandé.
4. Les troubles du sommeil et du rythme veille-sommeil
- Déambulation nocturne : Il se lève dans la nuit, erre dans la maison ou sort dehors.
- Inversions jour/nuit : Il s’endort tôt, ou au contraire ne trouve plus le sommeil avant des heures tardives.
- Agitation vespérale : Le soir venu, elle devient nerveuse, voire agressive – c’est le fameux “syndrome du coucher du soleil” (ou “sundowning”).
La perturbation de l’horloge interne est fréquente. Ce trouble contribue beaucoup à l’épuisement des aidants (étude INSERM, 2020).
5. Retrait social et isolement
- Désaffection pour la vie sociale : Moins d’appels, évitement des réunions familiales ou des amis.
- Hésitation à sortir, à répondre au téléphone ou à ouvrir la porte : La personne s’enferme, au sens propre comme au figuré.
Par crainte du jugement ou devant la difficulté à suivre une conversation, la personne se met en retrait. Cela accroît davantage la perte d’autonomie.