Les principales maladies qui peuvent ressembler à Alzheimer
Je vais détailler ici les causes principales qui trompent souvent, parce qu’elles « miment » la maladie d’Alzheimer, parfois pendant des mois.
La démence à corps de Lewy
La démence à corps de Lewy représente la seconde cause de démence après Alzheimer (source : Fondation Vaincre Alzheimer). Elle toucherait environ 15 % des personnes atteintes de démence. Elle se manifeste par :
- Des troubles de la mémoire (comme dans Alzheimer… mais en général moins marqués au début)
- Des hallucinations visuelles : voir des personnes qui n’existent pas, des animaux, des scènes complètes. C’est très évocateur, mais souvent sous-estimé.
- Des fluctuations importantes de l’état mental : la personne peut sembler parfaitement lucide à un moment, très confuse l’heure suivante (on parle de « variation cognitive » rapide)
- Des troubles moteurs proches de la maladie de Parkinson : démarche ralentie, petites foulées, raideurs, parfois tremblements
Ce qui me frappe toujours, c’est l’angoisse des familles quand tout semble « changer d’un jour sur l’autre ». Les épisodes de confusion alternent avec des moments parfaitement clairs, un peu comme s’il y avait deux personnes en une. Si vous observez ce type d’évolution, parlez-en vite au médecin ; le diagnostic amène à éviter certains médicaments inadaptés (notamment des neuroleptiques, qui aggravent les symptômes).
La démence fronto-temporale (maladie de Pick)
Cette forme, beaucoup plus rare, touche surtout les personnes de 50 à 65 ans. Elle commence souvent… non pas par la mémoire, mais par un changement de comportement :
- Perte d’inhibition : comportement inadapté en société, gestes ou paroles déplacées
- Désintérêt, manque d’empathie
- Changements alimentaires (tendance à manger sucré, compulsions pour certains aliments)
- Répétitions de gestes ou de paroles
La mémoire immédiate reste parfois étonnamment préservée au début. Cela rend le diagnostic délicat, et souvent douloureux pour l’entourage. « Il n’est plus comme avant, mais il se souvient de sa liste de courses. » Ce paradoxe est typique. Des examens d’imagerie cérébrale montrent alors une atrophie des lobes frontaux et/ou temporaux.
(source : Fédération des Centres Mémoire de Ressources et de Recherche, France)
La maladie d’Alzheimer d’origine vasculaire (démence vasculaire)
C’est la deuxième cause de démence après Alzheimer « pure », représentant jusqu’à 20 % des cas de démence. Elle est due à des petits accidents vasculaires cérébraux répétés (AVC). Les signes sont parfois très proches d’Alzheimer, mais :
- L’apparition est souvent soudain : un trouble fait irruption du jour au lendemain
- L’évolution peut être en « marches d’escalier » : périodes stables puis aggravation brutale
- D’autres signes sont associés (faiblesse d’un membre, troubles de la marche, chutes adultes inexpliquées, troubles de l’humeur avec larmes ou irritabilité)
Des antécédents de diabète, hypertension, cholestérol ou problèmes cardiaques sont quasiment toujours présents. L’IRM cérébrale permet souvent de trancher, en montrant des « lacunes » ou des zones d’infarctus.
La confusion aiguë : le syndrome confusionnel (délirium)
Une situation qui m’est fréquemment rapportée : une personne âgée se met brusquement à « divaguer », n’a aucune mémoire, devient agressive… et c’est panique à bord : Alzheimer ? Pas forcément !
Ce tableau doit d’abord faire suspecter un syndrome confusionnel (“délirium”). Ce n’est pas une maladie chronique, mais un trouble aigu, souvent réversible, lié à une cause identifiable, par exemple :
- Infection urinaire, pulmonaire (chez les personnes âgées, ça n’est pas toujours marqué sur la température…)
- Effets indésirables de médicaments (surdosage, nouvelle prescription…)
- Déshydratation, troubles métaboliques
- Douleur non soulagée, constipation sévère...
Contrairement à Alzheimer, la confusion aiguë apparaît en quelques heures ou quelques jours, avec des symptômes fluctuants. Le malade peut parfois avoir des hallucinations visuelles ou auditives, être très agité ou au contraire somnolent. Il s’agit d’une urgence médicale, car la cause doit être traitée vite : le retour à l’état antérieur est alors possible. (source : Haute Autorité de Santé)
La dépression du sujet âgé : la "pseudodémence"
Une dépression chez une personne âgée s’accompagne parfois d’une perte de mémoire tellement marquée qu’on la confond avec une maladie d’Alzheimer. On parle alors de « pseudodémence » dépressive. Ce tableau est souvent réversible si la dépression est correctement traitée. Plusieurs signes peuvent mettre sur la voie :
- La personne se plaint elle-même très fort de ses troubles, ce qui n’est pas le cas dans Alzheimer (où il existe souvent une phase de déni ou d’anosognosie, c'est-à-dire absence de conscience du trouble).
- Les performances cognitives varient selon l’humeur, la fatigue, le contexte
- Des signes « classiques » de dépression sont présents : tristesse, pertes d’intérêt, troubles du sommeil…
Pour un proche, il est extrêmement difficile de trancher. Il vaut mieux en parler au médecin qui proposera éventuellement des tests ou un traitement d’épreuve par antidépresseur.
Autres causes, moins évoquées mais importantes
Vouloir être exhaustif serait décourageant, mais d'autres diagnostics encore se doivent d'être évoqués, au moins un instant :
- Troubles de la thyroïde (hypothyroïdie, hyperthyroïdie), souvent accessibles à une simple prise de sang
- Carences en vitamines : notamment B12 et folates, fréquentes chez les personnes âgées ou dénutries
- Tumeurs cérébrales lentes : certaines peuvent évoluer discrètement sur plusieurs mois, donnant des troubles de comportement, de marche ou une démence progressive
- Hydrocéphalie à pression normale : mélange de ralentissement mental, trouble de la marche et incontinence. Découverte parfois « par hasard » sur scanner.
- Effets secondaires de médicaments : benzodiazépines, anticholinergiques, certains antipsychotiques, antiépileptiques...
On estime qu’environ 10 % des troubles cognitifs d’allure « démence » ont une cause potentiellement « réversible » (HAS, 2023). C’est considérable, et ça donne envie d’insister : parler des troubles à son médecin, c’est prioritaire !