Quand les images s’invitent dans le diagnostic : pourquoi l’imagerie est-elle recommandée ?

Le diagnostic de la maladie d’Alzheimer repose sur deux démarches complémentaires :

  • Un bilan neuropsychologique : des tests pour explorer la mémoire, l’orientation, le langage, le raisonnement.
  • Un examen d’imagerie cérébrale : le plus souvent, une IRM ou parfois un .

Pourquoi cette imagerie ? Parce que les symptômes d’Alzheimer ressemblent à bien d’autres maladies ou accidents : dépression sévère, petite attaque cérébrale (AVC), tumeur, hydrocéphalie… Il faut «voir» le cerveau pour affiner le diagnostic. C’est d’ailleurs une des grandes avancées du XXIe siècle : il est aujourd’hui recommandé, selon la Haute Autorité de Santé (HAS, 2022), de proposer un examen d’imagerie à toute personne suspectée d’un syndrome démentiel, sauf contre-indication majeure.

IRM, scanner, TEP scan : quelles différences ?

Les termes techniques peuvent vite donner le vertige. Voici, simplement, ce que proposent les images :

  • IRM cérébrale (Imagerie par Résonance Magnétique) : C’est l’examen de référence. Il permet de « voir » en détail la structure du cerveau, notamment l’hippocampe (une petite région clé pour la mémoire). L’IRM met en évidence d’éventuelles atrophies (zones où le cerveau « diminue ») typiques d’Alzheimer, ou au contraire, signe une autre maladie.
  • Scanner cérébral (TDM, Tomodensitométrie) : Il est parfois proposé quand l’IRM n’est pas possible (pacemaker, claustrophobie importante). L’image est moins précise, mais permet d’écarter les causes structurelles (hémorragie, tumeur).
  • TEP scan (Tomographie par Émission de Positrons) : Moins courant, il explore le fonctionnement du cerveau, et non sa « forme ». Il s’agit d’injecter un traceur pour observer, sur les images, les zones moins actives (hypométabolisme). Certains TEP scan, dits « spécifiques », permettent même de visualiser les dépôts d’amyloïde, la fameuse « protéine d’Alzheimer ».

À noter : le TEP scan n’est pas prescrit à tout le monde. Il est réservé à des situations de doute, ou lorsque le diagnostic reste incertain après les autres examens.

IRM cérébrale : comment ça se passe, et qu’attend-on ?

L’IRM peut sembler impressionnante : on s'allonge sur le dos, dans un tube parfois bruyant. L’examen dure en général 15 à 30 minutes. On demande simplement de ne pas bouger. Contrairement au scanner, il n’y a pas de rayons X : c’est un gros aimant qui « lit » le cerveau, sans douleur.

L’objectif ? Les radiologues recherchent :

  • Une atrophie hippocampique : perte de volume dans la région mémoire.
  • D’éventuelles lésions vasculaires : petits AVC ou micro-saignements, fréquents chez les personnes âgées.
  • Des signes de tumeur, d’hématome ou d’hydrocéphalie.

Quelques chiffres marquants :

  • En France, près de 90 % des bilans mémoire comportent une IRM en première intention (source : Société Française de Neurologie, 2021).
  • L’atrophie hippocampique détectée est présente chez plus de 80 % des personnes diagnostiquées Alzheimer à un stade léger à modéré (source : Revue Neurology, 2020).

L’IRM ne se « voit » pas… mais elle se lit par le médecin. On ne donne jamais une image « officielle » à la famille : ce sont les mots du neurologue, ou du gériatre, qui traduisent ce qu’il a observé : « on retrouve une atrophie compatible avec un processus neurodégénératif évoquant la maladie d’Alzheimer ».

TEP scan : à quoi ça sert, quand est-ce utile ?

Le TEP scan (ou PET scan en anglais) fait apparaître le cerveau « en couleurs » : rouge, jaune, vert… Cela correspond à l’activité des cellules. La technique la plus courante utilise un traceur au glucose : le cerveau « malade » a des zones moins gourmandes en énergie, notamment dans les régions temporo-pariétales.

Quand prescrit-on un TEP scan ?

  • Quand le diagnostic reste flou, malgré l’IRM et les tests : par exemple, chez une personne jeune, ou quand on hésite entre plusieurs maladies (Alzheimer, dégénérescence fronto-temporale, etc.).
  • Chez des personnes très jeunes (<60 ans), pour qui la maladie évolue différemment et où poser un diagnostic tôt conditionne un grand nombre de décisions familiales et professionnelles.
  • De plus en plus, pour différencier Alzheimer d’autres maladies cérébrales (démence à corps de Lewy, maladie de Parkinson, etc.).

Un autre type de TEP scan, plus récent : le PET-amyloïde. Là, on injecte un produit qui se fixe sur la protéine amyloïde. Si la protéine « brille », c’est qu’Alzheimer est probable.

Mais attention : ce test n’est pas généralisé, ni toujours remboursé par la Sécurité Sociale en France. Il est réservé aux centres experts, dans des cas de doute majeur.

Quelques repères :

  • Le TEP scan permet d’orienter ou de confirmer un diagnostic dans environ 20 à 30 % des cas complexes (source : Inserm, 2023).
  • Les dépôts amyloïdes apparaissent parfois plusieurs années avant les premiers symptômes visibles, mais leur présence seule ne suffit pas à prédire la survenue d’Alzheimer.

Ce que l’imagerie ne peut (toujours) pas faire : la question des limites

Il est important de rappeler que l’imagerie, aussi sophistiquée soit-elle, n’a pas toutes les réponses. Voici ce qu’elle ne fait pas :

  • Dire avec certitude : « c’est Alzheimer » ou « ce n’est pas Alzheimer ». L’image donne des arguments, des probabilités, jamais une certitude à elle seule.
  • Prédire la vitesse d’évolution. Deux personnes, avec les mêmes images, peuvent évoluer très différemment.
  • Mesurer « l’intensité » de la maladie : certains cerveaux restent étonnamment préservés alors que les troubles du quotidien sont importants.
  • Rassurer complètement si l’IRM est normale : environ 10 à 15 % des IRM récentes d’Alzheimer débutant sont sans anomalie typique (source : JAMA, 2022).

L’imagerie doit donc toujours être interprétée en croisant les résultats : histoire de la personne, évaluation clinique, tests cognitifs. Aucune photo, si belle ou si nette soit-elle, ne remplace l’œil et l’écoute attentive du praticien.

Ce que disent les familles : questions fréquentes sur l'imagerie cérébrale

Certains retours ou inquiétudes reviennent, que j’entends souvent lors de mes accompagnements :

  • « Est-ce que l’IRM est dangereuse ? » Non, il n’y a aucune irradiation (ce n’est pas une radio, ni un scanner).
  • « On n’a rien vu à l’IRM, donc il n’y a pas Alzheimer ? » Non, dans les tout débuts, l’atrophie n’est pas toujours visible.
  • « Le TEP scan, c’est obligé ? » Non, seul un spécialiste peut le proposer, si le reste du bilan ne donne pas de réponse claire.
  • « On m’a parlé d’un taux de confiance à 100 % ? » Jamais. L’imagerie, c’est un faisceau d’arguments, jamais un “test d’Alzheimer” infaillible.

Imagerie, émotions, paroles : trois leviers pour avancer ensemble

Ce que j’ai souvent constaté, lors de l’annonce d’un diagnostic ou du passage devant l’IRM, c’est que l’attente de la « preuve » – l’image qui rassure, le cliché qui explique – s’accompagne toujours d’émotions fortes. L’inquiétude, la peur du résultat, la difficulté à regarder ce que l’on connaît si bien (le parent, le conjoint) « transformé » en image de cerveau…

Dans ces moments-là, vous faites déjà beaucoup : soutenir, accompagner, poser des questions.

Quelques idées concrètes qui aident souvent :

  • Demander un temps d’explication après l’examen : “Pouvez-vous me dire ce que vous avez vu ?” C’est légitime, et c’est votre droit.
  • Ne pas s’angoisser devant un compte-rendu difficile à lire : c’est au médecin référent (neurologue, gériatre, médecin généraliste) d’expliquer les termes compliqués (« atrophie », « lésions vasculaires », « hypersignaux ») en mots simples.
  • Écrire vos questions et vos observations avant la consultation suivante : fatigue, pertes de repères, changements dans l’humeur… tout a de la valeur. L’image n’est qu’une partie du puzzle.
  • Ne pas hésiter à informer l’équipe soignante si la personne a peur de l’IRM (« Il n’aime pas les lieux fermés », « Elle est anxieuse »). Il existe des solutions : accompagnement, temps d’adaptation, voire examen sous sédation si besoin (rarement).

Pour aller plus loin… et garder confiance dans le parcours

Les progrès de l’imagerie ont bouleversé la façon dont on diagnostique la maladie d’Alzheimer. Aujourd’hui, poser un nom sur les difficultés de mémoire, c’est bien souvent s’appuyer sur des images du cerveau, de plus en plus précises. Mais la vignette d’une IRM ou la courbe colorée d’un TEP scan n’y changent rien : le plus important reste la personne, ce qu’elle ressent, ce que vous voyez chaque jour.

Si parfois les examens semblent lourds, si l’attente d’un diagnostic vous mine, rappelez-vous que le but n’est pas de figer une étiquette, mais d’ouvrir des portes. Mieux comprendre, c’est aussi préparer la suite, se donner toutes les chances d’être accompagné, et ne plus rester seul face aux doutes.

Peu à peu, les outils évoluent, les réponses se précisent, et si jamais vous en ressentez le besoin, n’hésitez pas à échanger avec les professionnels : l’équipe mémoire, le gériatre, ou votre médecin généraliste.

Le diagnostic peut être un moment charnière, fait de craintes, de soulagement parfois, de temps d’adaptation. Savoir à quoi servent les images, comment elles vous montrent le chemin, c’est déjà, en soi, une façon d’avancer main dans la main.

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