Pourquoi s’intéresser aux facteurs de risque Alzheimer ?

Je me souviens de cette dame qui m’a confié, en salle d’attente, “Moi, je croyais que c’était la loterie… On attrape Alzheimer, ou pas.” C’est une idée très répandue. Mais la réalité est plus nuancée : la maladie d’Alzheimer n’est pas une fatalité, et de nombreuses recherches ont permis d’identifier des facteurs de risque. Comprendre ces facteurs ne veut pas dire qu’on est responsable. Mais cela peut aider à mieux cerner la maladie, à accompagner ceux qu’on aime, et parfois même à agir en prévention.

Un mélange de causes : impossible de tout contrôler, et c’est normal

Le plus important à garder en tête : Alzheimer ne s’explique jamais par un seul facteur. Il s’agit d’une maladie dite “multifactorielle”. Cela signifie que plusieurs éléments interviennent : l’âge, la génétique, mais aussi nos habitudes de vie, notre environnement, et certaines maladies chroniques.

La science avance, bien sûr, mais il reste encore beaucoup de questions. Aucun facteur de risque, pris isolément, ne permet de prédire qui développera ou non la maladie. On parle donc toujours de risque accru, jamais de certitude.

L’âge : le facteur de risque numéro un

C’est une réalité difficile, mais incontournable : plus on avance en âge, plus le risque d’Alzheimer augmente. Selon l’Inserm, le risque de développer la maladie double tous les cinq ans à partir de 65 ans. À 85 ans, près d’une personne sur cinq est touchée. Ce n’est pas parce que “c’est normal de vieillir” : il existe plein de personnes âgées qui ne développeront jamais de troubles cognitifs importants.

  • Avant 65 ans : formes précoces, très rares (seulement 1 à 5% des cas)
  • Après 80 ans : augmentation exponentielle du nombre de cas

Mais l’âge, à lui seul, n’explique pas tout. Il existe des nonagénaires en pleine forme intellectuelle. À l’inverse, certains développent des troubles bien plus jeunes que la moyenne.

Le poids de l’hérédité et de la génétique

La question revient très souvent dans les familles : “Ma mère a eu Alzheimer, est-ce que je vais l’avoir aussi ?” C’est légitime de se poser la question. Les facteurs génétiques existent, mais ils ne représentent qu’une partie des cas. La majorité des personnes atteintes n’ont pas d’antécédent familial direct.

  • Alzheimer héréditaire “familiale” : mutation génétique rare, débutant souvent avant 65 ans. Moins de 1% des cas.
  • Prédispositions génétiques : il existe des gènes de prédisposition (comme l’ApoE4), qui augmentent le risque sans le déterminer. Près de 15 à 20% de la population porte une copie de ce gène ; il ne “donne” pas la maladie, mais rend plus vulnérable.

Il n’existe pas, à ce jour, de test génétique courant prédictif. Demander un dépistage génétique a surtout du sens dans les familles touchées par des formes précoces (<65 ans) et multiples.

Personne n’a choisi ses gènes. Personne n’est coupable de ce bagage. Retenir aussi : aucune culpabilité à avoir.

Des facteurs modifiables : là où l’on peut (parfois) agir

Si on ne peut rien contre l’âge ou la génétique, il y a des facteurs dits “modifiables”, sur lesquels on peut agir pour réduire, autant que possible, le risque de développer une maladie d’Alzheimer plus tard. Ce sont notamment :

  • Les maladies cardiovasculaires et leurs facteurs
    • Hypertension artérielle
    • Diabète mal équilibré
    • Excès de cholestérol
    • Obésité, surtout à l’âge mûr
    • Tabac
  • La sédentarité et l’inactivité physique
  • L’isolement social
  • La perte d’audition non corrigée
  • Certains traumatismes crâniens graves ou répétés
  • Une consommation excessive d’alcool
  • La dépression persistante non traitée

Cette liste est soutenue par de grandes études, notamment le rapport “Lancet Commission 2020”. Dans ce rapport, il est estimé que jusqu’à 40% des démences pourraient être liées à des facteurs évitables. Même si ce n’est pas automatique, c’est une porte ouverte à la prévention.

Un peu de concret : comment agir au quotidien ?

  • Faire surveiller sa tension, son cholestérol, son diabète. Parlez-en à votre médecin généraliste : même à 70–80 ans, ça vaut la peine.
  • Privilégier une alimentation variée, style “méditerranéen”. Beaucoup de fruits, légumes, poisson, céréales complètes. Les études (Inserm, HAS) montrent un impact favorable.
  • Marcher, bouger. Même 20 minutes par jour font la différence. Pas besoin de marathon, mais éviter de “s’encroûter”.
  • S’occuper de son audition. Dès qu’on perçoit une gêne, consulter. Porter un appareil adapté, si besoin.
  • Maintenir des liens sociaux. On sait que l’isolement accélère le déclin cognitif. Même un coup de fil à un proche, quelques échanges dehors, ça compte.
  • Consulter tôt en cas de symptômes de dépression ou d’anxiété persistante.

Tout ne dépend pas de nous. Mais chaque petite action compte. Et il n’est jamais trop tard pour commencer.

Des environnements qui pèsent aussi

Aujourd’hui, la recherche s’intéresse aussi beaucoup à l’environnement. Certaines expositions pourraient jouer un rôle dans le risque de développer une maladie d’Alzheimer :

  • Pollution de l’air (particulièrement les particules fines, en zone urbaine dense, Lancet Neurology, 2020)
  • Habitat exposé au plomb ou à certains pesticides (Agence Santé Publique France)
  • Antécédents de traumatisme crânien important

La part exacte de chaque facteur n’est pas toujours claire, mais il s’agit d’axes forts de la recherche actuelle. Les familles qui vivent à proximité de zones à risque (agriculture intensive, grandes villes, zones polluées) peuvent en parler à leur médecin pour avoir un suivi adapté.

Le cas particulier de la réserve cognitive

Il arrive souvent que des familles me disent : “Pourtant, il faisait des mots croisés tous les soirs… Ça n’a pas suffi ?” C’est la fameuse question de la “réserve cognitive”. Le principe : plus le cerveau est stimulé tout au long de la vie (par l’éducation, les activités intellectuelles, l’apprentissage, la curiosité…), plus il développe des “chemins de traverse” capables de compenser les premiers dégâts de la maladie.

Les études (notamment l’étude Paquid​, Bordeaux, 1995-2017) montrent que les personnes ayant eu un niveau d’éducation plus élevé, ou une activité intellectuelle régulière, développent souvent les symptômes plus tard. Mais cela ne protège pas “à 100%”. Faire travailler son cerveau, c’est augmenter ses chances, pas une assurance tout risque. Là aussi, aucune culpabilité à avoir : chacun fait comme il peut, avec son histoire.

Les chiffres clés à connaître

  • En France, près de 1,2 million de personnes sont atteintes de la maladie d’Alzheimer. (Santé publique France, 2023)
  • 60 à 70% des démences sont des formes de la maladie d’Alzheimer.
  • 23% des adultes pensent, à tort, qu’Alzheimer est “strictement héréditaire” (sondage Fondation Recherche Alzheimer, 2024).
  • Le tabac augmenterait le risque d’Alzheimer d’environ 45% chez les fumeurs “actifs” par rapport aux non-fumeurs (source : Alzheimer’s Society UK, 2023).
  • L’activité physique régulière diminue de 30% le risque de démence selon les dernières recommandations internationales (OMS, 2021).
  • La perte d’audition non traitée pourrait doubler le risque, selon l’étude française 3C (2009, Bordeaux–Montpellier–Dijon).

Ce que l’on ne maîtrise pas… et ce que l’on peut choisir

Le message essentiel, pour moi, c’est qu’on ne contrôle pas tout. La maladie d’Alzheimer frappe parfois là où on ne l’attend pas, malgré toute la prévention du monde. Il n’y a ni coupable, ni responsable. Mais il y a aujourd’hui des raisons d’agir — pas pour se promettre l’impossible, mais pour garder la main, un peu, sur son parcours de vie.

Vous faites déjà beaucoup. Prendre soin, comprendre, rester présent même les jours difficiles : c’est déjà immense. Et si, après lecture de cet article, vous ne retenez qu’une chose, que ce soit celle-ci : la prévention n’est jamais “trop tard”. Bouger, se soigner, aimer, garder le lien, ça fait la différence chaque jour, pour soi comme pour les autres.

Pour aller plus loin…

N’hésitez pas à partager cet article aux proches, à en discuter avec votre médecin, ou simplement à vous poser, respirer… et revenir vers nous si besoin. La route est longue, oui. Mais, ensemble, elle peut rester humaine.

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