Biomarqueurs innovants : ce qu’on peut déjà mesurer avant les premiers symptômes
1. Les dosages sanguins de la bêta-amyloïde et de la protéine Tau phosphorylée
Jusqu’à il y a peu, seuls quelques centres de recherche pouvaient proposer une détection par ponction lombaire de la bêta-amyloïde ou de la Tau. Désormais, plusieurs équipes ont validé des tests sanguins capables d’estimer le taux de ces protéines (source : Alzheimer’s Association International Conference 2022) :
-
Le p-tau181 et p-tau217 (Tau phosphorylée) : ces variantes anormales de la protéine Tau, détectées dans le sang, montrent une forte corrélation avec la maladie d’Alzheimer, même chez des personnes sans oubli manifeste. Une étude de 2020 a montré que le dosage de p-tau217 dans le sang discriminait la maladie d’Alzheimer avec une précision supérieure à 92 % avant la phase de démence (JAMA, 2020).
-
Bêta-amyloïde 42/40 plasmatique : le ratio entre deux formes de cette protéine indique un début de dépôt amyloïde cérébral, des années avant la perte des souvenirs (The Lancet Neurology, 2020).
Dans certains pays comme les États-Unis ou la Suède, ces tests commencent à s’intégrer dans la pratique, en complément des outils classiques. En France, ils sont encore à l’étude, mais les perspectives sont très encourageantes.
2. L’imagerie cérébrale de nouvelle génération
-
PET scan amyloïde : cette technique d’imagerie permet de “voir” les plaques amyloïdes dans le cerveau. Les études estiment que les dépôts amyloïdes commencent 15 à 20 ans avant l’apparition des symptômes (NEJM, 2018).
-
PET scan Tau : plus récent, il rend possible la détection des premières accumulations anormales de la protéine Tau, un signe très précoce.
-
IRM fonctionnelle (IRMf) : elle repère très tôt des modifications dans le fonctionnement de certaines zones du cerveau, parfois avant tout symptôme clinique.
Ces techniques ne sont pas encore proposées en routine, du fait de leur coût et de leur faible disponibilité. Mais elles ouvrent la voie à une détection plus précoce, voire à l’inclusion de patients dans des essais préventifs.
3. Les marqueurs du neurofilament à chaînes légères (NfL)
Le neurofilament “light chain” (NfL), souvent dosé dans le liquide cérébrospinal, peut aussi être détecté dans le sang. Il s’agit d’une protéine libérée quand il y a atteinte des neurones, quel qu’en soit le type. Dans la maladie d’Alzheimer, une hausse est visible plusieurs années avant les troubles cognitifs (Nature Medicine, 2019).
- Le NfL n’est pas spécifique à Alzheimer, mais il indique la présence d’une atteinte neurodégénérative précoce.
- Le taux sanguin de NfL pourrait servir à surveiller l’évolution et l’importance de la maladie chez des personnes à risque.
4. L’apport de la génétique : gènes à risque et nouvelles stratégies
Des tests génétiques ciblés, comme la recherche de l’allèle APOE ε4, sont connus pour augmenter le risque d’Alzheimer sans prédire de manière certaine la survenue de la maladie. Cependant, avec le développement de scores génétiques polygéniques (qui prennent en compte plusieurs dizaines de variations), il devient parfois possible d’estimer un risque augmenté (Nature Genetics, 2019) :
-
Le statut APOE ε4 : être porteur d’une ou deux copies du gène multiplie par 3 à 8 le risque d’Alzheimer, mais cela ne signifie pas que la maladie sera forcément déclarée.
-
Scores polygéniques : intègrent de multiples gènes pour affiner le risque individuel, ouvrant peut-être à l’avenir vers des stratégies de prévention ciblées.
Attention : les tests génétiques ont un intérêt surtout dans des situations familiales complexes, ou dans le cadre de la recherche. Ils ne remplacent pas la surveillance clinique ou les autres tests.